MARC GBAFFOU: »LA PROPOSITION DE DÉSIGNER DES DÉPUTÉS ET SÉNATEURS DE LA DIASPORA RÉPOND À UN BESOIN D´ÉQUITÉ ET DE JUSTICE »

par | Jan 17, 2021 | Côte d'Ivoire, INTERVIEW, Politique | 0 commentaires

LES IVOIRIENS DE LA DIASPORA VEULENT ÊTRE REPRÉSENTÉS AU PARLEMENT ET AU SÉNAT

Ils représentent un poids démographique et économique important dans leur pays. Mais pourquoi les Ivoiriens de la diaspora ne sont-ils pas alors pas représentés dans les différentes institutions de leur pays, au parlement et au sénat notamment ? C’est autour de cette problématique qu’un groupe d’Ivoiriens de la diaspora a mené des travaux en vue de faire des propositions concrète au Gouvernement. Marc Gbaffou dirige ce groupe de réflexion. Ivoirenewsinfo.net l’a rencontré.

Interiew d’AGATHE WINCELI SIEGUEIKLOA pour  ivoirenewsinfo

Présentez-vous s’il vous plait à nos lecteurs.

Je souhaiterais profiter de l’occasion pour remercier Ivoirenewsinfo.net pour le travail que vous faites pour informer les ivoiriens aussi bien au niveau national qu’international. Je profite pour souhaiter à vous et tous vos lecteurs les vœux les meilleurs de 2021. Pour revenir à votre question, je souhaiterais dire très brièvement que j’ai été Secrétaire Général de la Jeunesse « Anno-Offoumpo » à Agboville dans les années 1990. Après le collège Saint Josèphe d’Abobo et le Lycée Moderne d’Agboville, j’ai entrepris des études en Sciences de la Nature et de l’Environnement (ancienne, Chimie Biologie Géologie – CBG) à l’université d’Abobo-Adjamé. En1997, je suis allé en Afrique du Sud pour y poursuivre des études supérieures. J’ai fait une Maitrise en Agro-alimentaire à l’Université de Johannesburg et j’ai continué à Aix-Marseille Université en France où j’ai terminé comme ingénieur en Agroalimentaire. Coté associatif, en 1999, j’ai créé l’Association des Ivoiriens de Johannesburg (AIJ) que j’ai dirigé pendant trois ans, que j’ai transformé à la demande de l’Ambassade de la Côte d’Ivoire en Afrique du Sud en la Communauté des Ivoiriens d’Afrique du Sud (CIAS) que j’ai dirigé pendant une dizaine d’année. En 2008, j’ai créé, la Diaspora Africaine d’Afrique du Sud, »The African Diaspora Forum (ADF) » qui est une fédérations de 35 différentes communautés africaines vivant en Afrique du Sud, avec une adhésion d’environ 55000 membres. J’ai dirigé cette association de 2008 à 2018. Je suis marié et père de deux enfants.

Vous êtes à la tête d’un groupe de travail pour réfléchir sur une possible représentation des Ivoiriens de la diaspora au sein du Parlement et du Sénat. Comment, à partir de quoi est née cette idée ?

Il est difficile de comprendre que la Diaspora ne puisse pas compter dans les discussions politiques de notre pays. Cela ne peut être normal, avec ce que représente la Côte d’Ivoire dans la sous-région Ouest-Africaine et dans le Continent. Certains pays comme l’Algérie, la Tunisie, le Sénégal pour ne citer que ceux-là, sont bien avancés dans ce domaine. Il est même un peu surprenant en ce qui concerne la Cote d’Ivoire que les différents gouvernements qui se sont succédé ne songent pas faire porter la voix de la Diaspora. C’est pour dire qu’après l’amertume de voir les mêmes erreurs se répéter dans l’histoire de notre pays depuis 1960, au sein de l’ensemble des partis politiques existants, au prix de guerres civiles fratricides dont la Côte d’Ivoire ne semble pas se sortir, la Diaspora ne souhaiterait pas être oubliée. Actuellement, nous avons le sentiment d’être des orphelins. C’est donc un cri de cœur pour dire que nous existons. L’ironie, c’est que le pays vient vers la Diaspora chaque cinq ans pour nous demander d’aller voter lors des élections présidentielles. Nous ne saurons continuer d’être utilisés comme un bétail électoral. Nous représentons un potentiel qui pourrait mieux servir notre pays si nous sommes organisés.
La diaspora ivoirienne a donc décidé de mener cette réflexion, d’interpeler le gouvernement, l’assemblée nationale, le Sénat, les partis politiques, les associations des droits de l’homme, les syndicats, les associations des femmes, les associations des jeunes, la société civile ivoirienne en général. L’objectif est de présenter à toutes les parties prenantes la nécessité de faire élire des représentants de notre pays dans les deux chambres du parlement ivoirien. Je souhaiterais utiliser cette opportunité pour dire que notre objectif n’a rien à voir avec les guéguerres politiques installées dans le pays pendant plusieurs décennies. Nous souhaiterions donc rester en marge, des interprétations politiques afin de contribuer inclusivement à la construction de la Côte d’Ivoire.

Que représente aujourd’hui la diaspora ivoirienne au plan de démographique et quel est son poids économique ?

La proposition de désigner des députés et sénateurs de la diaspora répond à un besoin d´équité et de justice. Pour tout ce qu´elle représente au plan socio-économique de même que démographiques. La réalisation de celle-ci relève d’un devoir de justice à l’égard de la Diaspora ; en même temps une exigence démocratique.
Selon la MPI (Migration Policy Institute), nous sommes 1114000, et environ 1,2 millions selon la direction des ivoiriens de l’extérieur. C’est donc environ 5% de la population. Mais avec ce pourcentage, les avis s’accordent pour reconnaitre néanmoins qu’elle exerce une influence considérable sur l’électorat local. Elle est établie en majorité en Europe et aux Etats-Unis. Les flux financiers de la Diaspora vers l’Afrique ont augmenté de plus de 44%. En ce qui concerne la Côte d’Ivoire, elle se situe au 18ème rang africain des pays récepteurs, en passant de 199 millions de dollars américains en 2008 à près de 380 millions en 2017, soit une progression de 91%, a révélé notre ancien Premier Ministre feu Amadou Gon Coulibaly le 15 Juillet 2019 lors de la cérémonie d’ouverture de la troisième Edition du forum de la Diaspora ivoirienne.

Ne craignez-vous pas que le gouvernement vous rétorque qu’il existe déjà un ministère des Ivoiriens de l’étranger ?

Les cadres institutionnels existant (Ministère des Affaires Étrangères, Ministère de l’intégration Africaine et des Ivoiriens de l´Extérieur, Direction des Ivoiriens de l´extérieur, les Ambassades, Ministère de l’Intérieur…) assument un rôle de gestion administrative, de protection, de promotion économique des migrants ainsi que la prise en charge de leurs préoccupations.
Ces députés et Sénateurs devront rendre compte périodiquement aussi bien à leur électorat qu’à l’Etat de Côte d’Ivoire. Cela sera au cœur de notre charte de gouvernance pour défendre nos intérêts à l’Assemblée Nationale et au Sénat. Ce serait une erreur d’oublier que même en étant dans la diaspora, nous restons des ivoiriens, ce qui signifie que nous nous intéressons aux problèmes généraux et nationaux de notre pays. Et notre mérite serait d’apporter des éléments nouveaux et enrichissants à la Côte d’Ivoire. Le député ou Sénateur de la diaspora sera un parlementaire international et devra être aussi considéré comme un diplomate non-gouvernemental. Dans son pays de résidence, il est en contact régulier avec ses compatriotes ivoiriens et du pays local. Il a des droits et des devoirs et comme tel ne sera pas lié au devoir rigide de réserve auquel sont astreints nos diplomates gouvernementaux. Il aura la largesse d’intervenir publiquement sur les questions locales, internationales et à celles relatives à la gestion interne des immigrés et à la coopération économique, social, touristique et culturelle entre son pays de résidence et son pays d’origine. Cette action diplomatique non-gouvernementale aura un impact pour notre pays et nécessitera naturellement une bonne symbiose avec nos diplomates institutionnels citées plus haut.

Depuis la mise en place du comité de pilotage qu’est ce qui a été fait ? Quelles démarches ont été entreprises

Le comité a eu plusieurs réunions, ce qui nous a permis de définir les grands axes stratégiques du projet. Nous avons ensuite élaboré un document de travail qui définit les objectifs, les thématiques ainsi que les parties prenantes ou les acteurs clés à contacter. A l’heure où nous vous parlons le document est adressé aux autorités ivoiriennes, aux partis politiques ainsi que certaines institutions de notre pays. Nous continuons les discussions en ce moment pour définir des stratégies de communication, et de mobilisation de l’ensemble des ivoiriens autour du projet.

Les actions que vous menez maintenant concernent les élections prochaines de mars ou alors c’est un projet à long terme ?

Les autorités ivoiriennes ont lancé un dialogue nationale qui est en cours et qui devrait être sanctionné par une réconciliation de tous les fils et filles du pays. C’est donc en ce moment précis que la Côte d’Ivoire doit donner son accord de principe pour la désignation des représentants dans la diaspora. Nous sommes bien conscients que nous avons un certain nombre d’activités à mener pour que le choix de ces parlementaires soit démocratiquement acceptable et crédible vis-à-vis de l’ensemble des ivoiriens. Nous pourrons ensuite définir une plage de temps raisonnable pour les élections des représentants. Mais en toute sincérité, c’est un projet qui ne saura attendre plus d’un an. Cela sera incompréhensible par l’ensemble des ivoiriens de la Diaspora.

Qui sont les membres de votre comité de pilotage ?

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A ce jour, nous sommes 7 membres dans le comité de pilotage. Les membres sont des ivoiriens, tous de la diaspora, résidants dans trois continents dans lesquelles les ivoiriens se retrouvent en une proportion importante. Ils ont été choisis par leur expérience passée ou actuelle, leurs activités au sein de la communauté ivoirienne de leur pays de résidence etc. Cela nous a donné une très belle diversité des ancrages nationaux.

  1. Marc Gbaffou, Ingénieur agroalimentaire, ancien Président de la communauté Ivoirienne d’Afrique du Sud, ancien Président de la diaspora africaine d’Afrique du Sud, qui est une fédération de 35 différentes communautés africaines vivant en Afrique du Sud, avec une adhésion d’environ 55000 membres. Il est maintenant résident en France.
  2. Stéphane Ganhi, Economiste, ancien membre du bureau de la Communauté des Ivoiriens d’Afrique du Sud (CIAS), membre de l’amical sportive des Ivoiriens du Loiret (AMSIL), il travaille en tant que gestionnaire de compte en plus d’être chroniqueur pour le media citoyen sur les questions économiques et inclusives. il est résident en France.
  3. Kouakou Koffi Magloire, Spécialiste de Communications Stratégiques. Sociologue des médias Il est le directeur général de Stratnum Futures, un cabinet de prospective stratégique et de planification de scénarios, de contrats à terme, de conseil en stratégie et de conseil en stratégie. Il est promotionnaire du programme de scénarios de la Said Business School de l’Université d’Oxford et du Global Business Network Developing and Using Scenarios (DUS). Il est résident en Afrique du Sud
  4. Kouablan Esther Francine, Esther est Directrice du « MRAX » (Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie), une organisation de droit belge créée par des résistants juifs en 1966 qui lutte contre toute forme d’exclusions. Ancienne élève du lycée Sainte-Marie d’Abidjan, elle est détentrice d’une Licence, une Maîtrise et un DEA en Lettres Modernes de l’Université d’Abidjan-Cocody et d’un Master en Sciences de l’Éducation de l’Université Catholique de Louvain-la-Neuve en Belgique. Elle a été en Côte d’Ivoire plusieurs fois directrice dans plusieurs grandes écoles privées de renommées de l’enseignement supérieur en Côte d’Ivoire, dont Gecos Formation Abidjan.
  5. Diomandé Youssouf, Ingénieur, il s’est intégré dans la communauté ivoirienne en participant aux différentes activités.
    Après un an à New-York, Youssouf s’installe à Maryland où il s’est formé en isolation industrielle. Il obtient son graduat, après 4 ans de formation il obtient son diplôme d’Ingénieur en isolation industrielle. Il est résident aux Etats Unis d’Amérique
  6. Edouard Yro, enseignant (professeur de Lettres Modernes) et communicateur (fondateur et responsable d’une structure de communication). Il fut Chargé de communication au Ministère de l’Éducation Nationale puis chargé d’études au sein de la cellule EFA (Éducation For All, un projet des Nations unies). Membre fondateur et premier président de l’association des Ivoiriens du Danemark (CID), Membre fondateur et premier président de l’Association des Ivoiriens de la Scandinavie ; Membre fondateur du Comité de Pilotage des Actions de la Diaspora (CPAD).
  7. Doffou Doffou : Juriste, Lauréat de l’institut marocain du droit des entreprises (IMADE) option droit bancaire des marchés financiers et des assurances. il est coordinateur des centres de formation en renforcement des capacités en Afrique subsaharienne.

Avez-vous un dernier mot ?

Il est clair que la diaspora ivoirienne mérite d’être représentée aux instances de décision, y compris à l’Assemblée nationale et au Sénat. Et ceci compte tenu de l’apport significatif dans l’économie du pays plus de 190 milliards de FCFA et de son rôle de régulateur social. L’existence des institutions administratives du pays ne rend pas inopportune la désignation de ces représentants qui devront assumer une autre fonction, un rôle dévolu à des représentants du peuple. Ce projet inédit, pourrait être inscrit dans une réconciliation inclusive des fils et filles de la nation. Ces députés de la diaspora seront en effet les portes voix d´une communauté hétérogène qui rencontre des problèmes communs ou adaptés à leur contexte à la fois dans les pays ou continents d´accueil et d´origine. Cependant, ce qui reste à matérialiser c´est de faire d´eux des acteurs qui agissent et parlent pour leur communauté. Il s´agit d´accepter de par leur expériences professionnelles diverses, du capital humain et financier dont ils disposent de les écouter pour donner leur avis dans la conduite des politiques qui les concernent en premier lieu. Dans le contexte actuel, la participation au développement national de la diaspora ivoirienne n´est plus à démontrer. L’implication des ivoiriens de l’extérieur doit se comprendre et se justifier comme une légitimation de l´apport remarquable de la diaspora dans le développement de notre pays qui de par les solidarités individuelles et collectives contribue largement à la stabilité, à la cohésion et à la paix sociale de notre patrie.

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