Sélectionner une page

LA QUESTION DU RACISME RESTE PRÉOCCUPANTE PARTOUT EN EUROPE

par | Mar 30, 2021 | INTERNATIONALE, INTERVIEW | 0 commentaires

Présenter Esther Kouablan icône de la FESCI n’est pas chose aisée tant il y a beaucoup à dire. Mais nous retiendrons pour l’essentiel ceci :Elle est la première femme noire Directrice du Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie (MRAX) . Elle est Doctorante, et anciennement directrice dans plusieurs grandes écoles privées renommées de l’enseignement supérieur en Côte d’Ivoire, dont Gecos et Formation Abidjan. Esther vit en Belgique depuis 15 ans.
Ivoirenewsinfo.net est allé à sa rencontre.  

Merci infiniment de nous recevoir. Vous êtes surtout connue pour votre militantisme au sein de FESCI il y a de cela bientôt 30 ans. Aujourd’hui, quel regard critique jetez-vous sur cette organisation ? Pensez-vous que ceux qui vous ont suivi sont à la hauteur de l’héritage ?

Je vis depuis plusieurs années hors de la côte d’ivoire, mais cela ne m’empêche pas de m’informer de l’actualité de mon pays d’origine. Concernant la FESCI, j’espère que les responsables continuent à se battre pour de meilleures conditions de vie et de travail des élèves et étudiants, comme nous l’avions fait à notre époque. La FESCI existe depuis 30 ans aujourd’hui. Comme toute organisation humaine, je pense que la FESCI doit continuer à tirer les leçons du passé, non seulement pour s’adapter aux nouvelles réalités des besoins des élèves et étudiants, mais également pour ne plus tomber dans les travers du passé.
Quand j’ai quitté la FESCI, je me suis complètement coupée du milieu pour me consacrer à mes études et à mon parcours professionnel. Beaucoup ont entendu parler de moi, mais ne me connaissent pas, que ce soit la génération qui ont suivi la mienne ou celle de maintenant. J’ai suivi de très loin ce qui s’y passe depuis mon départ. Et je ne me suis jamais engagée en politique. Je n’ai d’ailleurs pas le projet à ce jour de m’y engager. De plus, le poste que j’occupe en Belgique aujourd’hui ne m’y autorise pas. Il me sera difficile de juger une organisation comme la FESCI. C’est pourquoi, je répète qu’il faut tirer les leçons du passé, à chaque étape d’une organisation humaine, quelle qu’elle soit, pour avancer dans la dignité et les valeurs qui mettent l’humain et les valeurs morales au centre de l’action.

Vous vivez depuis plusieurs années en Belgique. Quel a été votre parcours depuis votre arrivée dans ce pays ?

Je suis arrivée en Belgique il y a 15 ans. À côté du parcours administratif qui est le commun de tout immigrant dans un autre pays, j’ai continué à me former pour commencer. J’ai tour à tour obtenu plusieurs diplômes et qualifications dont un Master en sciences de l’éducation entre autres. J’ai également commencé une thèse en science de l’éducation et une agrégation en sciences psychologiques et de l’éducation, pour ne citer que cela. J’ai travaillé comme Médiatrice interculturelle, assistante administrative et financière, Adjointe à la communication et à l’administratif et aujourd’hui comme Directrice d’une organisation antiraciste.

Il y a plus de 2 ans vous avez été nommée directrice Mouvement contre le Racisme, l’antisémitisme et la Xénophobie. Presentez-nous cette structure.

Le MRAX, c’est le Mouvement contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Xénophobie. Cette organisation a été créée à la fin de la deuxième guerre mondiale par des résistants juifs. Le MRAX est une organisation pluraliste qui travaille sur toutes les formes de discriminations, les violences policières, la cohésion sociale à travers des outils comme les animations, les formations, les campagnes de sensibilisation, des permanences sociale et juridiques, etc. Le MRAX, en tant qu’organisation historique de la lutte antiraciste en Belgique est également impliqué au sein de plusieurs plateformes, que ce soit au niveau régional, linguistique ou fédéral (national).

Vous êtes la première femme noire à diriger cette grande structure de renommée internationale. Qu’est-ce qui selon vous a plaidé en faveur de votre choix ?

J’ai envoyé ma candidature suite à la publication du poste, comme plusieurs autres. Mon parcours professionnel depuis la Côte d’Ivoire, ma formation universitaire et mon expertise dans certaines matières et domaines, je pense, ont plaidé pour mon recrutement. J’ai non seulement fait mes preuves en Côte d’Ivoire, en occupant plusieurs postes en tant que Directrice, mais également ici en Belgique, j’ai eu un parcours apprécié dans des structures bien implantées. J’ai travaillé à la Faculté de psychologie et sciences de l’éducation de l’UCL à Louvain-la-Neuve comme Conseillère à la VAE.
Il faut dire que déjà en Côte d’Ivoire, j’avais moins de 30 ans quand j’occupais mon premier poste de directrice. J’ai été consultante pour plusieurs entreprises durant mon parcours professionnel en Côte d’Ivoire, dont notamment pour la HEC (Haute École Commerciale) d‘Abidjan. J’ai été correctrice pendant près de 15 ans pour les Presses Universitaires de Côte d’Ivoire. Et mon implication dans certaines ONG, commencée quand j’étais élève au Lycée Sainte Marie de Cocody… J’ai également deux formations universitaires (Lettres Modernes et Sciences psychologiques de l’éducation) entre autres formations. Mon curriculum a donc plaidé en ma faveur, en plus de tout le reste.

Quel est l’état du racisme, de l’antisémitisme et de la xénophobie aujourd’hui en Europe ?

Comme en Belgique, la situation reste préoccupante partout en Europe. Le racisme n’est pas un fait, c’est un délit. Et c’est chaque jour qu’il faut continuer à dénoncer, sensibiliser et lutter contre ce phénomène sociétal.

Parallèlement à votre fonction de directrice du MRAX, vous donnez aussi des cours en même temps que vous travaillez à votre thèse de doctorat. Quel est votre secret ?

(Rires …) Je suis une boulimique du travail je m’en rends compte. Maintenant que vous me posez la question, je me la pose également ? Comment je fais pour embrasser plusieurs activités en même temps ?  J’aime le travail bien fait, et j’ai du mal à rester inactive. Les cours que je donne à l’ULB (Université Libre de Bruxelles) en ingénierie de formation depuis 4 ans maintenant, me permet de rester connectée à ma formation en Sciences de l’éducation, qui est une matière qui est devenue aujourd’hui, plus que les Lettres Modernes, ma matière de prédilection. Mes thèses de doctorat (Sciences de l’éducation et Littérature comparée), et non « ma thèse », restent pour moi des projets existentiels car depuis petite, j’ai rêvé de finir mon parcours scolaire par au moins un doctorat. Et aujourd’hui, j’ai l’occasion d’en avoir deux. Pour moi c’est délectable ! Mais tout cela demande une grande organisation, et une disponibilité sans pareil. Forcément, cela a des côtés pervers comme entre autre la distance avec certain-e-s dans son cercle d’ami-e-s, et parfois avec quelques membres de sa famille… ce n’est pas évident. Car je mène aussi d’autres actions en dehors de celles que vous citez ici. En effet, je fais du coaching individuel ou de groupe pour les personnes qui font appel à moi pour mettre en place des projets avec l’expertise que j’ai en gestion de projets, pour m’arrêter là.
Au-delà, je souhaite être un modèle pour ma fille, afin qu’elle intègre dans l’éducation que je lui donne, que le travail est le premier acte qui permet à tout être humain de s’affranchir des carcans dans lesquels on nous assigne, en tant que femme, en tant qu’africaine.

Vous avez certainement un dernier mot.

Je vous remercie de m’avoir tendu votre micro.

Interview réalisée par

Agathe Winceli 

Edouard Yro

0 commentaires

Soumettre un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Abonnez-vous à notre newsletter

Rejoignez notre liste de diffusion pour recevoir les dernières nouvelles et mises à jour de notre équipe.

Vous vous êtes enregistré avec succès

Share This