ARSÈNE DOGBA(ANALYSTE POLITIQUE): »LA TENUE D’UN DIALOGUE NATIONAL POUR PARVENIR À LA PAIX EST LA MÉTHODE LA PLUS RÉALISTE. »

par | Déc 3, 2020 | 3ème mandat de Alassane Ouattara, Afrique-Subsaharienne, Côte d'Ivoire, Politique | 0 commentaires

Arsène Dogba n’est plus à présenter. Analyste politique, militant du FPI, il a été très actif au début de la crise que connait le FPI pour unifier les deux tendances dissidentes. Depuis des mois, il a disparu de la scène politique. Ivoirenewsinfo l’a rencontré.

Bonjour et merci d’avoir accepté de nous recevoir pour répondre à nos questions. Vous avez disparu de la scène politique. Que devient Arsène Dogba et quelles sont les raisons de son silence?

Je voudrais avant tout propos vous remercier pour l’occasion que vous me donnez pour dire aux ivoiriens ce qui m’occupe depuis deux ans maintenant. Pour revenir à votre question, je voudrais d’abord préciser que je n’ai pas disparu, non. On n’abandonne pas, aussi facilement, un travail qu’on a commencé à l’âge de 12 ans. J’ai certes quitté la scène publique mais je ne suis jamais parti de la politique. Et, bien que j’ai été peu visible aux côtés de mes camarades de lutte, je suis tout de même resté à la tâche. On voit bien que la Côte d’Ivoire peine à amorcer son envol démocratique. Et, en ce qui concerne le respect des droits de l’Homme, notre pays continue de chercher un statut honorable. Ce n’est pas en ce moment qu’on abandonne la lutte, bien au contraire. Il y a  beaucoup à faire pour rebâtir la démocratie pour laquelle les forces du progrès auxquelles j’appartiens continuent de faire beaucoup de sacrifices. Je suis resté silencieux tout ce temps, c’est vrai, mais c’est parce que j’avais décidé de prendre la voie de la diplomatie pour atteindre des objectifs spécifiques que je m’étais fixés. 

Pourquoi subitement une telle posture et pouvez-vous nous dire quels étaient ces objectifs?

En May 2017, je crois, comme beaucoup d’ivoiriens, j’ai été choqué par une scène incroyable qui s’est déroulée à Bouaké. J’ai vu des images des populations à genoux, sous un soleil de plomb, dans un lieu public de cette ville. Selon l’article qui rapportait l’information, ces hommes, femmes, jeunes et enfants demandaient pardon au président Ouattara. J’ignore la raison maintenant. Mais, disons que c’est cet acte déshonorant pour notre peuple et son élite qui m’a révolté et qui a réveillé en moi des idées. J’ai alors compris qu’il y avait encore beaucoup à faire pour renforcer le contrepouvoir dans mon pays et sauver nos acquis démocratiques. En réaction, je me suis assigné trois missions susceptibles d’aboutir au renforcement du principe du checks and balances dans la politique ivoirienne; à savoir : (1) – réunifier le Front Populaire Ivoirien ; (2) – contribuer efficacement à la libération du président Gbagbo et du ministre Charles Blé Goudé; et (3) – aider à l’organisation d’élections sans violence dans mon pays. 

On ne disparaît pas des radars pour accomplir de telles missions puisqu’elles sont publiques avant tout, n’est-ce pas?

J’avais déjà fini de régler l’aspect politique et de relations publiques de ces différentes missions avant mon départ. Le suite du boulot devait se faire dans la discrétion et par la diplomatie. Et comme vous le savez, la diplomatie n’aime pas le bruit, c’est pourquoi je suis resté discret et assez silencieux pendant tout ce temps. J’avais surtout besoin de gagner la confiance de mes nouveaux partenaires. Et, j’ai eu raison. Puisqu’à ce jour, Dieu merci, je peux vous affirmer que grâce à la discrétion j’ai pu accomplir la quasi-totalité de mes missions. Et, il faut surtout préciser que mon travail a été rendu facile grâce au riche carnet d’adresse qu’une personnalité très influente de ce pays a mis à ma disposition. Cette phase de discrétion étant finie, je réapparais pour réaliser, avec les autres ivoiriens, la phase pratique de ce passionnant travail de réconciliation nationale.

Certains disent que c’est parce que vous avez échoué dans votre mission de réconciliation au FPI que vous avez pris vos distances vis-à-vis du champ politique ivoirien notamment.

C’est une vaine spéculation. Elle provient certainement de mes détracteurs et/ou de ceux qui veulent que les hommes politiques exposent tout ce qu’ils font sur la place publique. Je n’aime pas ce genre de spectacle. Je ne me suis pas engagé dans la politique pour satisfaire une certaine soif de publicité personnelle. Je me suis volontairement mis au service de mon peuple pour apporter ma modeste pierre à la construction d’une nation tolérante, unie, forte et prospère. Je suis heureux  chaque fois que ma contribution aide effectivement à satisfaire aux besoins des ivoiriens. Et, d’ailleurs, ce peuple pour qui je suis engagé en politique est partout; on le trouve sur les places publiques, mais également dans les lieux privés ou je me suis retrouvé. Les personnalités avec qui  je travaille depuis sont témoins de ma contribution à la lutte pour une Côte d’Ivoire démocratique. Elles pourront témoigner le moment venu. Et, pour moi, leurs témoignages futurs suffisent. Cela dit, je vous assure que je n’en veux pas à ceux qui me soupçonnent d’avoir abandonné la lutte pour la raison qu’ils évoquent. Ils ne connaissent pas. Mais, disons qu’ils n’ont pas tout à fait tort puisque j’ai commencé la mission de réconciliation sur les réseaux sociaux. Ils auraient voulu que je continue là-bas. Je ne les blâme donc pas. Mais, ceux qui me connaissent savent que j’abandonne difficilement mes ambitions. Je le répète, j’avais des missions à accomplir, j’ai pu atteindre l’essentiel de mes objectifs. C’est l’essentiel. 

Y compris celle concernant la réunification du FPI?

Bien sûr ! En ce qui concerne la réunification du FPI, je renouvelle ici ce que j’ai souvent dit à mes interlocuteurs sur la question ; la mission d’un broker de paix consiste essentiellement à rassembler des protagonistes autour d’une table pour leur donner l’occasion de discuter et trouver par eux-mêmes une ou des solutions durables à leurs différends. La mienne, dans le cas de l’unité au FPI, n’a pas été différente. Je devais aider les deux tendances FPI à obtenir un accord politique qui aboutirait à la réunification de ce parti. C’est ce que mon équipe, sur place, en Côte d’Ivoire, et moi avons réussi le 23 Juillet 2018 à Bondoukou. Malheureusement, cet accord n’a pas été rendu public. Curieusement, deux ans après, on m’a encore sollicité pour le proposer à la nouvelle médiation. C’était en Avril dernier quand le président Gbagbo a renouvelé sa volonté de voir ce parti réunifié. Mais, encore une fois, le document n’a pas été publié. A qui la faute ? Eh bien,  je ne répondrai pas à cette question maintenant. Le moment viendra.

Avec du recul qu’est ce qui selon vous fait que cette crise perdure même si le président Gbagbo a reçu à plusieurs reprises le président Affi N’Guessan ?

Pour nous, il n’y a plus rien qui divise les militants du Front Populaire Ivoirien après la signature de l’accord de Bondoukou, le 23 Juillet 2018. C’est peut-être que la paternité de la réunification du parti n’est pas encore attribuée à la personne qu’il fallait. Rire! Mais ce qui est important pour moi que je salue, c’est le fait que les deux anciennes tendances FPI travaillent déjà côte à côte au sein de la plateforme de l’opposition présidée par le président Henri Konan Bédié et dont le porte-parole est le président Pascal Affi Nguessan. Ces cadres qui ont déjà dirigé notre pays sont conscients de la situation dans laquelle se trouve la Côte d’Ivoire. Ils ont le sens de la responsabilité et savent donc à quel point les ivoiriens comptent sur l’union actuelle de l’opposition. J’ai foi que ce processus de collaboration qui a ainsi démarré ne s’arrêtera plus, surtout que le président Gbagbo arrive bientôt.

Récemment dans une déclaration vous avez appelé au dialogue entre le pouvoir et l’opposition ainsi qu’au report des élections. Apparemment vous n’avez pas été écouté. Quel constat faites-vous de la crise post-électorale ?

Nous n’avons fait que joindre notre modeste voix à celles de plusieurs personnalités qui sont aussi préoccupés comme nous par ce qui se passe dans notre pays. Et, nous continuons de croire que la meilleure solution pour Ouattara aurait été le report de l’élection et l’ouverture d’un dialogue national. Ça nous aurait évité les dégâts humains et matériels que nous connaissons à travers le pays et qui compliquent davantage la résolution de la crise. Au-delà, l’appel en question a été émis dans la logique de notre nouvelle démarche qui consiste à rendre public nos activités les moins sensibles.

Le message a été fait pour rendre public notre position et faire connaître les propositions que nous avions déjà faites aux autorités ivoiriennes quelques mois avant l’élection. Nous les avions faites au président Ouattara par la voie habituelle qui nous sert de canal de communication dans le cadre de la recherche de la paix dans notre pays depuis deux ans. Malheureusement, vous le dites si bien, ces recommandations n’ont pas été prises en compte. Comme conséquences, plus de 200 personnes ont perdu la vie, plusieurs centaines d’autres ont été blessées et les dégâts matériels sont inestimables. Et notre pays fonctionne au ralenti avec des habitants angoissés. 

En tant qu’analyste politique, pensez-vous qu’il est encore possible de sauver les meubles en renouant le dialogue pouvoir et opposition ? à quel prix ?

Ce qui est déplorable, cher monsieur, et que notre nation ne pourra jamais oublier, ce sont ces nombreuses vies humaines gâchées. On aurait dû éviter d’enfoncer encore plus le couteau de la haine dans la plaie de notre nation déjà trop divisée par la crise de 2002-2011 et les dix années de gestion clanique du pouvoir par le président Ouattara. Pour le reste, il est encore possible d’obtenir un ou des accords pour sauver notre nation. Mais pour cela, il faudra que le président Ouattara ouvre enfin ce dialogue que pouvoir, opposition, société civile et tous nos partenaires appellent de tous leurs vœux. Nous ignorons la raison de l’hésitation des autorités publiques, mais ce que le président Ouattara doit savoir est qu’il ne doit pas demeurer longtemps sous l’emprise de ses proches qui lui font croire qu’il pourra encore tricher avec la réconciliation des ivoiriens comme ce fut le cas après la crise de 2011. Le RHDP, au pouvoir, doit savoir que le contexte de la crise actuelle est différent de celui d’Avril 2011. Aujourd’hui plus qu’en 2011, le risque d’un retour à un conflit armé est réel vu que les motifs de cette crise sont encore plus nombreux que ceux de la crise antérieure. Malheureusement, certains cadres proches du président Ouattara, qui refusent cette réalité, veulent lui faire croire que tout va bien. Ils ont librement décidé d’utiliser une méthode irrationnelle pour mesurer l’ampleur de la colère des ivoiriens qui sont hostiles au troisième mandat du président Ouattara. Qu’ils sachent que leur méthode est politicienne. Elle n’est pas rationnelle et ne peut,  par conséquent, servir de repère fiable pour se donner une idée exacte de qui est pour ou contre le troisième mandat. Ceux qui utilisent cette méthode mettent la paix en danger.

Quelle est la meilleure méthode alors ?

Il y en a certainement d’autres, mais la méthode qui nous permet d’arriver à cette conclusion de la tenue d’un dialogue national pour parvenir à la paix est plus réaliste. Elle est simplement inclusive. Ce qui fait qu’elle se trouve confrontée aux considérations sectaires des cadres du RHDP qui fondent leur position et qui justifient l’hostilité qu’ils ont vis-à-vis du dialogue inclusif. Notre méthode demande une bonne dose d’objectivité et un sens aigu de responsabilité à celui qui veut l’expérimenter et en tirer les meilleurs profits possibles. Ce que certains hommes du pouvoir refusent d’avoir. Ils fondent leur appréciation de la crise sur le succès ou non du mot d’ordre de la désobéissance civile.  Hors, cette méthode n’est pas rationnelle. Surtout pas dans un pays comme le nôtre où sortir pour manifester sa colère est une déclaration de guerre aux microbes et autres gnambros.

Contrairement à ces cadres du RHDP, nous prenons en compte tous les avis surtout ceux des leaders d’opinion à défaut d’interroger chaque citoyens du pays. Et, nous les comptabilisons tous; qu’ils aient été manifestés publiquement ou en privé.  De toutes les façons, ce n’est pas tout le monde qui a le courage de dire haut ses récriminations. Et, c’est justement pour cela que les sociétés humaines sont organisées en associations. Ce genre d’organisations permettent aux plus timides et réservés de faire entendre leurs voix à travers leurs représentants. C’est ce qui justifie l’intérêt particulier que nous accordons aux déclarations des porte-paroles des plateformes politiques et de la société civile. Le succès ou non de la désobéissance civile devient un plus dans notre analyse de la situation. En démocratie, les opinions permettent aux dirigeants de connaître l’avis de leurs peuples et cela guide leur choix politique. On ne les ignore pas. On ne les sélectionne pas non plus. Il faut également éviter d’interpréter le silence de certains citoyens comme une approbation. En Côte d’Ivoire, beaucoup de citoyens ne parlent pas de peur d’être réprimés soit, par le pouvoir, soit par les milices du pouvoir. 

En voulez-vous à ceux qui disent que la timidité dans laquelle évolue le mot d’ordre de la désobéissance civile est la preuve que les Ivoiriens ne soutiendraient pas le combat contre le troisième mandat? 

Non, pas du tout. C’est leur avis. Je le respecte même si je trouve un tel avis trop partisan et je pense qu’il ne sert pas la cause de l’apaisement que la majorité des ivoiriens cherchent. Pour moi, la désobéissance civile ne devrait pas servir de seul baromètre pour mesurer l’opinion des ivoiriens sur la question du troisième mandat. Ce qu’on considère, en pareille circonstance, ce sont les positions des leaders d’opinion sur le sujet.  L’union actuelle des leaders de l’opposition et de la société civile autour de leur doyen d’âge, le président Henri Konan Bédié, contre le troisième mandat est la preuve que la majorité des ivoiriens est contre ce projet. Et, dans une démocratie qui se respecte, cela aurait suffi au gouvernement pour changer sa politique. Cette union historique montre suffisamment à quel point la situation de notre pays est grave. D’ailleurs, elle représente la somme de toutes les récriminations des citoyens contre le pouvoir central. Au lieu de voir cette plateforme en ennemi, le président Ouattara aurait pu saisir l’occasion de ce rassemblement de l’opposition en un bloc presque homogène pour ouvrir le dialogue national. Ça aurait facilité les discussions puisqu’au lieu d’avoir, autour de la table, plusieurs petits groupes aux intérêts divers, les débats  se dérouleraient entre deux grandes blocs seulement; avec d’un côté, le camp du président Ouattara et de l’autre celui du président Bédié.  

Nous pensons que le président Ouattara est conscient, comme beaucoup d’ivoiriens, de la gravité de la situation et qu’il ne tardera pas à ouvrir le dialogue national souhaité par tous. Surtout qu’il se présente également comme l’unique voie qui s’offre à lui désormais pour sortir de la vie politique beaucoup moins affaibli. Continuer à maintenir la position actuelle lui sera forcément suicidaire. Car l’horizon n’est pas déjà bon pour tous les dirigeants de la période post-covid-19. Avec les difficultés économiques au plan national et internationales qui ne s’arrêtent pas, le futur gouvernement ivoirien aura du mal à maîtriser à la fois un peuple rebellé par ses difficultés quotidiennes et les conséquences économiques d’une pandémie qui continue de fragiliser le monde. Face à une population déjà hostile, un quelconque gouvernement Ouattara aura du mal à faire appliquer les mesures sociales d’austérités qui pourraient probablement intervenir à partir du premier trimestre 2021. Pour prévenir le chaos qui s’ensuivra, il faut ouvrir un dialogue inclusif et à n’importe quel prix. Parce qu’il s’agit de la paix dans notre pays et de l’avenir de plusieurs générations.

Pour contraindre le pouvoir au dialogue l’opposition a initié la désobéissance civile et créé le CNT, qu’en pensez-vous ?

C’est malheureusement la conséquence logique de tout passage en force. Après un tel acte, la position adverse se radicalise. Et elle se donne les moyens de se faire entendre. Et, dans ce cas, n’attends pas qu’elle se conforme à quoi que ce soit. Est-ce que notre pays avait vraiment besoin de se retrouver dans une telle situation? Je crois que non. Au nom de la réconciliation et pour la paix dans notre pays, il faut mettre fin à ce bras de fer. Et pendant qu’il est encore temps, accepter de s’asseoir autour d’une table pour discuter. 

Que vous inspire l’attitude de la France dans le dossier ivoirien ?

La sortie du Président Emmanuel Macron dans Jeune Afrique a été mal inspirée, à mon humble avis. Elle a été une faute à la fois politique et diplomatique. Une gaffe pareille de la métropole suscite forcément des réactions vigoureuses de la part des élites des anciennes colonies et elle n’est pas sans conséquences. Et, ça a été le cas ici. Au niveau politique, beaucoup d’intellectuels ivoiriens, africains et même européens ont fermement condamné la sortie du président Macron qu’ils ont qualifié d’ingérence néocoloniale inacceptable. Au niveau diplomatique, la conséquence n’a pas attendu: le président français a fini par féliciter son homologue guinéen, Alpha Condé, qu’il n’avait pourtant pas voulu congratuler à la suite de Ouattara au motif que le premier avait violé la constitution de son pays pour conserver le pouvoir et le second l’avait fait, selon lui, par devoir républicain. Un revirement pareil fragilise souvent l’autorité d’un chef. Et, dans l’esprit de beaucoup d’africains, c’est malheureusement le cas pour le président Macron. 

Qu’auriez-vous fait à sa place? 

 A sa place j’aurais continué de garder le silence parce que la position naturelle de la France en tant que démocratie, pays des libertés et des droits de l’Homme était déjà connue dans ces débats ivoirien et guinéen sur le respect ou non de leurs constitutions respectives. En tout cas pour moi cette position de la France est indiscutable et sans équivoque ; la France qui a fait la révolution de 1789 ne peut soutenir la violation d’une constitution, ni en France ni ailleurs dans le monde. C’est pourquoi je continue de croire que les autorités françaises sont du côté du respect de la constitution ivoirienne, surtout qu’il s’agit ici de l’interprétation d’un texte de loi rédigé en Français. Il ne devrait, par conséquent, pas souffrir de mauvaise interprétation du côté de la France. Pour beaucoup de français, même en présence des intérêts privés à défendre, le cœur de la république doit être préservée; et ce cœur se trouve dans les valeurs qu’incarne la république française; c’est à dire la démocratie, le respect des droits de l’homme, leur mode de vie, etc…Pour la France et les Français, ces valeurs sont forcément plus fortes que les intérêts des citoyens. 

Mais, est-ce que pour cette grosse faute, j’en veux au président Macron ? Je dis non, pas du tout parce que pour moi, le président français, au nom de la France, a juste sacrifié à la tradition qui veut qu’il réaffirme la solidarité et la fraternité de son pays au peuple ivoirien à chaque moment important de l’histoire de notre pays. Nous l’avons remarqué, la France a mis du temps avant de féliciter le président Ouattara. Elle ne devait pas continuer à bouder la Côte d’Ivoire après cette élection largement contestée. Il n’appartient pas aux autorités françaises de juger, sur la place publique, la qualité de nos élections. En tant que pays frère et ami, ce qu’on attend de la France, c’est qu’elle soit toujours à nos côtés, c’est tout. Elle ne doit pas prendre le devant. Et elle doit éviter de prendre position dans les débats comme celui qui a cours. Si elle y est invitée, sa position doit s’aligner sur celle conforme à la constitution de notre république. 

Vous avez certainement un dernier mot.

Je voudrais humblement m’adresser au président Ouattara. Monsieur le président, crise politique née de votre désir de briguer un troisième mandat persiste et n’est pas prête de finir. En tant que garant de l’unité nationale, il faut chercher à réparer les dégâts commis, que ce soit de votre fait ou pas. Il doit corriger les fautes commises. Et, débarrassé des positions ethniques et partisanes, vous devez rectifier le tir pour ramener la quiétude dans la population. Cela demande nécessairement que vous rassembliez tous les leaders d’opinion autour de la nation. C’est cela le dialogue national inclusif dont nous parlons depuis. Je termine en attirant votre attention, monsieur le président, sur un fait qu’aucun humain ne peut contrôler. Au moment où Dieu nous donne encore la chance d’avoir tous les acteurs politiques majeurs (Bédié, Gbagbo et vous-même) présents et engagés dans la dynamique du retour à la paix, il faut vite créer les conditions de ce retour. Sinon il suffira qu’un seul d’entre vous soit indisponible pour qu’il soit encore plus difficile pour les futures générations pour réconcilier les ivoiriens et ramener la paix dans notre pays. Ce qu’il surtout éviter c’est de laisser en héritage à nos enfants et petits enfants cette crise déjà vieille de 30 ans. S’il y a une chose positive qu’on a pu tirer de l’organisation de cette élection contestée du 31 Octobre, c’est bien le fait qu’elle a permis à chaque acteur politique ivoirien de savoir clairement de quel côté se trouve la majorité dans ce débat autour du troisième mandat. Vous devez vous débarrasser des considérations trop partisanes qui plombent vos initiatives et prouver aux ivoiriens que vous avez entendu leur message et agir pour  soulager leur soif pour la paix. 

Interview réalisée par

Agathe Winceli

Edouard Yro

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